Chroniques

Extrait de livre · XIVe siècle – 1854

Les origines du Khasso

Peuhls et Malinké, la naissance de l'ethnie khassonké et les royaumes issus du Bambéra

D'après Sékéné Mody Cissoko

Les origines du Khasso
« Enfants de Samballa » — fonds de la Bibliothèque nationale de France.

Des Peuhls assimilés par les Malinké

Selon l'historien khassonké Sékéné Mody Cissoko, les Khassonké sont des Peuhls venus s'installer au milieu des Malinké, qui les ont assimilés à leur langue et à leur culture, à tel point qu'ils ne conservent rien de leur origine première sinon les noms claniques et certains traits physiques.

Les Peuhls seraient venus au Khasso de différents points du Sahel soudanais et du Fouta Toro. Leurs migrations séculaires se seraient intensifiées du XIVe au XVIe siècle, sous les empires du Mali et du Songhay. C'est au Bakhounou que vinrent les plus importants lots, dont un berger de famille princière, Diadié Kunda Baloo, qui donna naissance au clan de Bambéra du Khasso. Les Peuhls s'établirent dans le Khasso, sur la rive droite du haut-Sénégal, entre le Diakhitéla actuel et le Tomora, alors peuplé de Malinké.

L'affranchissement et le premier Khasso (1681-1725)

Les Peuhls furent si longtemps exploités par leurs hôtes malinké qu'ils finirent par se révolter, vers 1677-1681, sous la direction de Yamadou Hawa, chef du clan de Bambéra. Les ancêtres peuhls des Khassonké remportèrent la victoire finale à Toumbifara, près de Bafoulabé, et s'affranchirent à jamais de la domination malinké.

Séga Doua, fils de Yamadou Hawa, fut le premier roi et gouverna le tout premier Khasso de 1681 à 1725. C'est la souche que le tableau généalogique de la famille place en tête, avec la date de 1687.

La guerre civile et les cinq royaumes de 1800

Le Khasso éclata à la mort du dernier roi, Demba Séga, en 1796, à la suite d'une guerre civile qui dura jusqu'en 1800 et opposa deux de ses fils, Dibba Samballa et Demba Maddy.

À partir de 1800, le Khasso fut scindé en cinq nouveaux royaumes correspondant aux lignages du Bambéra : le Dembaya (Médine), le Séro et l'Almamy (Silatiguiya), le Diadiéya et le Guimbaya. Seul le Dembaya put, grâce au génie de Hawa Demba, acquérir les moyens militaires et matériels d'une politique de grandeur dans la région.

Les royaumes malinké du Khasso

Les Malinké, premiers habitants du Khasso, constituent la seconde composante de l'ethnie khassonké. Ils ont assimilé les immigrants peuhls pour former une ethnie nouvelle dont chaque élément n'a pas perdu la conscience de ses origines premières : les Malinké du Khasso refusent d'être confondus avec les Peuhls, et vice versa. Ils ont néanmoins la même langue, la même culture et la même histoire.

L'essentiel de la population des clans peuhls du Bambéra est malinké : les forgerons Takhiba-si, les griots Koité et Kanouté, les marabouts-forgerons Kanouté, les sacrificateurs Konaté-Sindi-si, et les nombreux captifs, piliers des monarchies.

Outre ces Malinké indissociables des Peuhls, certains pays du Khasso ont une population malinké presque homogène mais « khassonkisée » : le Khontéla, à la marge orientale, unifié à la fin du XVIIe siècle par le clan des Kanouté, pays de paisibles agriculteurs ; le Tomora, l'un des premiers foyers de l'immigration peuhle, où les familles vivaient sédentarisées sans autre organisation politique que villageoise ; et le Logo.

Le Tomora, grenier du Khasso

Un groupe important d'immigrants malinké, vaincu dans une lutte fratricide au Barinta, se réfugia au début du XVIIe siècle au Tomora sous la direction de Sanga Moussa Soussokho. Il s'imposa par des pactes d'alliance et fonda l'un des plus grands royaumes khassonké. À sa mort, vers 1746, le pouvoir passa à ses fils Hola Mody (1746-1747) puis Dalla Mamadou (1747-1780), à l'époque de l'apogée de l'empire de Koniakary auquel se soumit le jeune royaume.

Le plus célèbre des souverains, Sokhona Moussa (1780-1819), consolida la royauté par une campagne de vengeance victorieuse contre Barinta, la patrie de ses aïeux, et guerroya dans le Bambouk d'où il ramena un butin considérable en or et en esclaves. Il mena une véritable politique de peuplement, fondant près d'une vingtaine de villages et invitant les autres lignages du clan à en faire de même : une population nombreuse sur une terre à céréales. Durant tout le XIXe siècle, le Tomora fut le grenier du Khasso, d'autant qu'il connut une longue période de paix après 1819.

Le Logo et le conflit avec Hawa Demba

Sur l'autre rive du Sénégal, le Logo, étendu de Dinguira aux chutes de Félou, est une plaine alluviale d'extrême fertilité, habitée de haute antiquité par des Soninké agriculteurs et pêcheurs. Prolongement naturel du Bambouk sur le fleuve, le pays reçut au cours des siècles des immigrants malinké, dont une fraction des Soussokho conduite vers le premier tiers du XVIe siècle par Dra Makhan, prince du royaume de Kamana ou de Diabé dans le Bambouk.

Vers la fin du XVIIIe siècle, le farin Moussa Makou transféra sa capitale à Sabouciré. Son fils Makhan Fatouma (1793-1833) peut être considéré comme un véritable roi : il domina tout le Logo et, par de nombreux mariages avec ses voisins, eut près de cent enfants. La fin de son règne fut consacrée à la lutte contre Hawa Demba, qu'il avait aidé à s'établir sur la rive gauche et qui s'employa à lui enlever une partie du Logo. Son fils Niamody hérita de ce conflit, qui ne se termina qu'avec l'avènement de la République du Mali en 1960.

Un royaume isolé : le Niatiaga

Le dernier royaume important du Khasso, le Niatiaga, prolongeait le Logo vers le sud et confinait à l'ouest le Bambouk. Pays de peuplement entièrement malinké, il fut conquis au début du XIXe siècle par le clan foula Diakhité de Gagny. Ces Diakhité, qui avaient refusé de reconnaître la royauté du Bambéra, s'étaient réfugiés à Gagny sur la rive gauche, auprès des Malinké avec lesquels ils nouèrent mariages et alliances.

Profitant des dissensions entre les villages malinké du Niatiaga, dont les riches pâturages étaient depuis longtemps visités par leurs troupeaux, les Diakhité, sous la direction de l'Ancien du clan Séga Mody, s'emparèrent de Tinkin, le principal village, et obtinrent la soumission de tout le pays. Séga Mody (1810-1851) et ses nombreux fils repoussèrent les visées annexionnistes de Hawa Demba et œuvrèrent à peupler et mettre en valeur le pays : Séga Mody s'établit à Mansonna, son frère Attiné Séga à Tinkin, tandis que fils, frères et neveux créèrent de nombreux villages de culture. Le commandant de Bakel, Rey, en visite chez le vieux roi en 1851, vit un pays bien cultivé et une importante production de minerais de fer et de cornalines alimentant les échanges.

À partir de 1851, à peine né, le royaume connut une grande crise dynastique qui annihila toute la politique de Séga Mody : le successeur Attiné Séga fut contesté par ses neveux, qui voulaient garder la royauté dans leur lignage. La guerre civile vit le triomphe de Hawa Sémounou, fils de Séga Mody, contre la ligue de ses oncles. L'avenir du Niatiaga s'en trouva lourdement grevé lorsque éclata, vers 1854, le jihad omarien dans le Bambouk.

Personnes de l'arbre citées

Sources et références

  • Sékéné Mody Cissoko, Le Khasso face à l'Empire toucouleur et à la France dans le Haut-Sénégal, 1854-1890, L'Harmattan, 1988.
  • Photographies : fonds de la Bibliothèque nationale de France.