Chroniques

Extrait de livre · 1915 — enquête menée à Médine

Charles Monteil : origine et histoire du Khasso

D'après « Les Khassonké, monographie d'une peuplade du Soudan français » (Paris, E. Leroux, 1915)

Charles Monteil (1871-1949), commandant et enquêteur au Soudan français

Charles Monteil : origine et histoire du Khasso
Notables du Khasso — fonds de la Bibliothèque nationale de France.

Ce qu'il faut entendre par « Khasso »

Si le Khasso est aujourd'hui une région administrative et territoriale bien définie, il n'en a pas toujours été ainsi. Les traditions établissent qu'à l'origine le Khasso fut une région de peu d'étendue, sur la rive droite du Sénégal, aux environs de Bafoulabé. Les Peuls qui nomadisaient là furent, à cause de cette dénomination, appelés « les gens du Khasso ».

Lorsque ces Peuls eurent formé avec certaines familles indigènes une sorte de clan indépendant des chefs locaux, le nom de Khasso s'appliqua également à ce clan. Ce clan — tout au moins la famille de ses chefs — ne cessa de se déplacer : d'abord vers le Nord-Ouest, du côté de Kounyakari, à la recherche de nouveaux pâturages ; ensuite, par le fait des guerres, qui le rejetèrent sur la rive gauche du Sénégal, vers Médine. Le nom de Khasso, suivant la fortune du clan, s'appliqua ainsi tour à tour à des territoires divers.

Territorialement parlant, le Khasso c'est donc la contrée sur laquelle le clan du même nom a exercé son influence : des cantons situés sur la rive droite du Sénégal et des cantons situés sur la rive gauche.

Les cantons du Khasso, rive droite et rive gauche

Sur la rive droite, les Khassonké citent le Tomora (chef-lieu Tambatinti, chefs pris dans une famille de Soussokho/Sissoko) ; le Sanakéné, actuel Kontéla (chef-lieu Sabousiré, chef Khanoute/Kanouté) ; le Fansané (chef-lieu Lakhamané, aujourd'hui Sorya, commandé par un Dyallo) ; le Karaga (chef-lieu Dyonkhola), le Gankontiri, Kolinguemou et l'agglomération de Limbila, chacun commandés par un Dyakité ; le Diombokho (chef-lieu Kounyakari), le Séro (chef-lieu Séro), le Dyadyéya (chef-lieu Kanamakhounou) et le Gopéla (chef-lieu Khoulou), chacun sous l'autorité d'un Dyallo.

Sur la rive gauche du fleuve se trouvent la Dembaya, chef-lieu Médine, sous le commandement d'un Dyallo ; le Logo, chef-lieu Sabousiré (actuellement Kakhoulou), avec pour chef un Soussokho ; Dinguiray, Makadenyé et Bafoulabé comptent d'importantes fractions de Khassonké commandées par des Dyallo ; quant au Niatiaga, chef-lieu Mansonna, c'est un fief des Dyakité.

Ces territoires n'ont jamais été occupés exclusivement par des Khassonké : depuis les temps les plus reculés, ils sont la propriété d'autochtones, parmi lesquels les Gadyo, qui habitent encore les deux rives du Sénégal. Le clan du Khasso, composé originairement de Peuls, de Malinké et de leurs métis, emprunta beaucoup aux Soninké lorsqu'il s'avança vers le Nord-Est ; dans la région de Kounyakari il contracta des alliances matrimoniales avec les Maures ; à Médine il subit longtemps l'influence des traitants wolofs ; il supporta enfin le joug des Bambara païens et, plus encore, celui des Foutanké musulmans, tandis que des attaches politiques et matrimoniales le liaient au Bondou.

Les gens du Khasso se dénomment eux-mêmes Khassogolou. Les Soninké les appellent Khassokho ; les Malinké, khassongallou ou hassongalou. D'accord avec la plupart des auteurs européens, nous dirons : les Khassonké.

Les informateurs de l'enquête

Monteil précise la provenance de ses traditions : « Nous avons recueilli les traditions historiques auprès des personnes qualifiées pour les connaître le mieux, notamment : Sadyo Sambala fils de Dyouka Sambala, ex-chef de Médine et chef actuel du Khasso ; Bakari, fils de Makhassé Sambala, interprète du gouvernement ; Aboula Mamadou, Gran et Sambala, tous trois appartenant à la famille de Dyogou-Sambala ; le griot M'Boué Kouaté, familier de Demba Yamadou, chef du Khasso. »

Au cours d'un séjour de deux ans à Médine, il contrôla ces renseignements auprès de nombreux habitants et les rapprocha de ceux du commandant Rémy (La Sénégambie), de Soleillet, d'Equilbecq et de Delafosse.

Diadié Diallo, l'ancêtre venu du Bakhounou

D'après leurs traditions, les Peuls Diallo du Khasso ont pour ancêtre un certain Diadié Diallo. Il vivait dans le Bakhounou, à Dyabel Gandéga, et n'avait pas d'enfant. Le devin lui prédit que sa femme concevrait le jour où il immolerait au seuil de sa demeure un certain taureau qu'il lui désigna. Ses parents, au contraire, n'attendaient qu'une occasion de faire disparaître l'animal pour empêcher l'accomplissement de la prédiction.

Lors des fêtes de la circoncision, ses jeunes neveux égorgèrent le taureau à son insu. Dyadyé dissimula sa colère puis, la nuit venue, mit le feu à la case des circoncis : tous périrent, tandis que, fuyant la vengeance de ses proches, il quittait furtivement le pays en poussant devant lui deux taureaux.

Il erra longtemps. Un jour qu'il s'était endormi au creux d'un baobab pendant que ses taureaux paissaient, des chasseurs malinké l'aperçurent. Stupéfaits à la vue de cet homme si différent d'eux-mêmes, ils prévinrent leur chef, Kanti Fari Modi Borama Soussokho, qui résidait à Sabousiré (Tomora) : une trentaine d'hommes s'emparèrent de l'étranger et le lui amenèrent. De ce baobab (bamba) vient, dit-on, le nom de Bambérangolou, « les gens de celui du baobab ».

Kanti Fari, qui voyait un Peul pour la première fois, lui confia le soin de ses troupeaux contre une génisse ou un veau chaque année. Comme il refusait de donner une de ses sujettes à cet étranger, ce fut une captive musulmane originaire de Dyakha-sur-Bafing, surnommée pour cela Dyakhanké — elle se nommait Sira Khoullé Tima — que les gens de Kanti Fari, païens, consentirent à lui donner. Monteil place l'existence de ce Dyadyé à la fin du XVIe siècle, l'arrivée dans le Tomora vers 1600.

Comme les Peuls du Bakhounou, Dyadyé portait d'habitude les cheveux arrangés en tresses ; mais lorsqu'il fut appréhendé par les gens de Kanti Fari sa coiffure s'était défaite : on le nomma pour cette raison Koun'-dabali, « tête non coiffée ».
Charles Monteil, Les Khassonké, 1915

Maré-m-Fa Samba Diallo et la montée des Diallo

Vingt années durant, Dyadyé demeura seul de sa race dans le Tomora ; puis un de ses parents, Maré-m-Fa Samba Dyallo, vint le rejoindre. Les Malinké, le considérant comme étranger, refusèrent de lui donner une femme ; Dyadyé lui offrit celle de ses filles qu'il voudrait, mais Maré-m-Fa refusa. Envoyé plus tard à la recherche de nouveaux pâturages avec les deux filles de Dyadyé, il revint avec Altiné enceinte de ses œuvres. Le fils qui naquit fut appelé Makhandyan, surnommé plus tard bata, « le grand ».

Makhandyan-m-bata fut le premier de sa race qui put épouser une femme malinké. Il en eut trois fils : Dia-oulé, ancêtre des Dialangolou ; Kholon, ancêtre des Kholounyangolou ; Sandikikhoy, ancêtre des Yankolou. Sandiki-khoy eut lui-même trois fils d'une même femme nommée Awa : Amadou Awa, Séga Awa et Birama Awa.

Des Peuls venus du Bakhounou et du Fouta Djallon grossissaient le nombre de ceux qui vivaient déjà dans le Tomora. Ils formaient une manière de clan sous la direction des descendants de Maré-m-Fa, qui leur servaient d'intermédiaires auprès des autorités locales. En droit comme en fait, ils étaient à la merci des Malinké maîtres du pays et ne pouvaient faire valoir leurs réclamations que par les gens de Maré-m-Fa : d'où la situation de jour en jour plus importante de ceux-ci. Autour d'eux se forma toute une clientèle — pauvres, fugitifs, gens de caste, alliés par le serment du sang, et véritables esclaves obtenus par force ou par achat.

Le pacte d'Amadou Awa et la bataille de Toumbifara

Le mouvement insurrectionnel contre les Malinké fut préparé avec l'appui du marabout Malik Si, futur fondateur du Bondou : la victoire supposait qu'un homme jetât la flèche portant le talisman, au prix de sa vie. Les conjurés eurent recours aux mabo (griots), qui vinrent chanter devant la demeure d'Amadou Awa les vertus et la gloire de sa famille jusqu'à lui dévoiler le secret.

Amadou Awa accepta la périlleuse mission, mais à ses conditions : que le chef de guerre (keletigo) et le chef suprême (fankamala) ne fussent désormais choisis que parmi ses descendants ; que tout voleur d'un animal de ses parcs fût puni de mort, les siens pouvant au contraire disposer des animaux d'autrui ; que ses descendants ne fussent pas punis pour adultère ; qu'eux seuls eussent droit au sagallo et au tonton'o ; qu'ils ne pussent être inquiétés pour dettes.

Cette manière de constitution, qui assurait pour toujours la suprématie à la famille d'Amadou Awa, fut acceptée par tous, à l'exception du chef des Gopé-si de Khoulou, qui déclara n'être venu que pour faire la guerre : ses gens s'en autorisèrent plus tard pour demeurer indépendants des Dyallo.

La veille du combat, deux jeunes gens, Sorona Samba et Sorona Dyéri, jurèrent d'accomplir un acte mémorable : ils pénétrèrent de nuit jusqu'au chef malinké Kankou Damakhan, à Walia sur Bafing, et le mirent à mort ; pris, ils furent brûlés à petit feu. Le combat eut lieu le lendemain aux environs de Toumbifara, près de Bafoulabé. Conformément à la convention, Amadou Awa se plaça en avant de ses partisans et jeta la flèche. Les insurgés étaient trois cents : cent périrent, dont Amadou Awa lui-même, cent furent blessés — et les Malinké subirent un échec définitif.

Séga Doua, roi du Khasso au temps de Brue

Les Peuls vinrent trouver un fils d'Amadou Awa nommé Séga Doua, enfant de douze à treize ans : ils le mirent au courant de la convention qui avait coûté la vie à son père et lui prêtèrent serment d'obéissance, en présence de Malik Si qui présidait cette manière d'investiture.

Séga Doua fut un roi très influent. Il résidait à Bambéla et eut sous son autorité immédiate le Tomora, le Kontéla, le Fansané, le Dyayi, le Sanga, Malambou, Kounadila (Fatola actuel) et Khoulou.

Au nord et au nord-est du pays de Galan se trouve le pays de Kasson… Le souverain s'appelle Séga Dora. Il fait sa résidence ordinaire à Goumel… Son roi passe pour un prince puissant qui n'est pas moins respecté de ses voisins que de ses sujets. Galam et la plupart des royaumes voisins sont ses tributaires.
Abbé Prévost, Histoire des voyages, t. II, édition de 1746

Malgré les erreurs géographiques et les exagérations de ces informateurs en quête d'un Eldorado soudanais, il reste qu'à la fin du XVIIe siècle le roi du Khasso occupait une situation réelle : maître des passages, il barrait les routes du nord au sud et de l'est à l'ouest. Goundyourou était alors le centre commercial d'où les caravanes gagnaient les escales du Haut Sénégal ou de la Haute Gambie ; les pays limitrophes achetaient sa complaisance en lui payant un tribut de caractère commercial et non politique.

Les quatre lignages : Dyadyéya, Guimbaya, Dembaya

Lorsque Séga Doua mourut, il eut pour successeur son fils aîné Dyadyé, né de sa femme Gansiri, qui était du Fouta Djallon. Pressé de trouver de meilleurs pâturages, Dyadyé s'avança vers le Nord-Ouest et vint nomadiser dans les parages de Kanamakhounou : la région prit à cause de lui le nom de Dyadyéya. Il mourut à Kana, près de Soutoukané, des suites d'une expédition contre les Bambara — très corpulent, le pommeau de la selle le blessa mortellement dans l'ardeur du combat.

Le nouveau chef, Guimba, frère cadet de Dyadyé Gansiri, était fils d'une femme nommée Kinti. Il se déplaça à son tour et s'établit au village de Kolobéla (Dyombokho). Il eut lui aussi à lutter contre les Bambara mais, avec l'aide des armées du Bondou, il fut vainqueur et contraignit même leur chef, Sira Bo, à lui payer tribut. De lui vient le Guimbaya, du côté de Bafoulabé et Mahina.

Avec Demba Séga, troisième fils de Séga Doua, s'ouvre la période la plus glorieuse de l'empire khassonké, du moins au dire des informateurs. Il avait longtemps escorté les caravanes du Bakhounou vers les escales du Haut Sénégal, rémunéré à la fois par les gens qu'il convoyait et par les traitants auxquels il conduisait des clients. Devenu fankamala du Khasso, il s'efforça de maintenir la plus grande liberté commerciale dans la région, les traitants lui payant pour cela une pièce de Guinée chacun.

Poussé lui aussi par la recherche de pâturages, il conduisit ses troupeaux jusque dans la Dyafounou. Une querelle avec le chef de la mare (faro) au nord de l'actuelle Kounyakari tourna au combat : vainqueur, Demba Séga considéra la prairie comme sienne et exigea un tribut du vaincu. Il installa là son campement, puis un village fixe qui fut dénommé Kounyakari, du nom du bois de kounyé employé pour la construction des cases. C'est tout le secret de la diplomatie qui permit aux Dyallo d'étendre leur autorité : au droit d'usage conquis par la force, ils ajoutaient peu à peu des droits politiques. Mungo Park le visita en 1796.

Hawa Demba, Médine et Duranthon

Après les guerres intestines qui opposèrent Saféré, Ouri Dyadyé et Awa (Hawa) Demba, celui-ci dut céder à la fortune contraire : de Koussané il gagna Ouaou, où il triompha d'une attaque des Bambara, puis, trop faible pour tenir, s'enfuit au Sahel, vint à Gouriki et, après la mort de l'almami Abdoul-Kader en 1807, partit pour le Logo. Il s'installa à Nyimékou (Djimékon), sur la rive droite du Sénégal, en face de Sabousiré ; attaqué par les Bambara, il passa sur la rive gauche, en un lieu appelé depuis Demba Sabousiré, se réfugia dans les montagnes de Maméri, et vint enfin s'établir sur l'emplacement du poste actuel de Médine.

Sa situation était fort précaire : ses ennemis, les Bambara surtout, le harcelaient. Sur ces entrefaites arriva Duranthon qui, appréciant ses difficultés, comprit qu'il pourrait s'en faire un utile auxiliaire. Il lui promit de revenir construire un fort ; il revint en effet avec du personnel, du matériel, des munitions et des marchandises, et épousa Sadyo-ba, fille d'Awa Demba : ce mariage cimenta définitivement l'alliance.

Monteil précise en note : Duranthon, employé du gouvernement à Saint-Louis, fut envoyé vers 1830 en mission dans le Haut Fleuve ; il visita le Khasso en détail et acquit des notions précises sur les mines d'or du Bambouc. Les Bambara et les Malinké, comprenant qu'Awa Demba serait à l'abri une fois le fort achevé, ne cessèrent de le harceler ; Duranthon y perdit beaucoup de marchandises, son ingénieur l'abandonna, et des bruits mis en circulation à Saint-Louis le représentèrent comme un traître au service de l'Angleterre. Arrêté en 1837 sur ordre du gouvernement du Sénégal, il se justifia, obtint de revenir dans le Khasso et mourut à Médine en 1839.

Cet homme intelligent et énergique a sans nul doute été mal apprécié. Ses vues étaient larges… mais, crime irrémissible à cette époque, il parlait de la liberté commerciale : il eut dès alors à lutter contre une société privilégiée en possession d'un monopole dont elle ne voulait se dessaisir à aucun prix.
Charles Monteil, à propos de Duranthon

Makhan Fatou, chef du Logo, considérait Awa Demba comme un simple réfugié et le traitait, lui et les siens, en tributaires. Les choses s'envenimèrent jusqu'au conflit armé : Awa Demba vainquit et tua Makhan Fatou, et c'est depuis lors qu'il se considéra comme indépendant et chef du territoire qu'il occupait. Il mourut peu de temps après ce triomphe.

Médine et le Haut Sénégal — fonds de la Bibliothèque nationale de France.
Médine et le Haut Sénégal — fonds de la Bibliothèque nationale de France.

Les chefs de Médine et du Khasso jusqu'en 1905

Dyouka Sambala, défenseur puis chef de Médine, mourut en 1880. Auparavant, la colonne Raibaud avait enlevé et rasé Sabousiré le 22 septembre 1878, mettant fin à la guerre ouverte entre Nya Modi et Sambala. Les Khassonké, maîtres des biens des gens du Logo, négligèrent les champs d'arachide : en 1880, toute trace de culture avait disparu, et le gouverneur, sollicité par Badou, fils de Nya Modi, autorisa les Malinké à rentrer dans leur pays.

Makhassé Sambala, frère de Dyouka Sambala, lui succéda à Médine, mais son rôle y fut des plus effacés ; les gouverneurs du Sénégal préférèrent laisser aux cantons leur indépendance, en les assujettissant seulement au commandant supérieur résidant à Kayes. En 1882, après des dissensions avec le chef de Médine, les Guimbaya furent autorisés à s'établir autour du poste de Bafoulabé. Makhassé Sambala mourut vers 1890.

Demba Yamadou, frère du précédent, fut alors nommé chef ; en raison du rôle actif qu'il joua dans la guerre contre Ahmadou, fils d'El Hadj Omar, il fut installé à Kounyakari après la prise de Nioro, avec l'autorité supérieure sur les anciens cantons du Khasso. À sa mort, en 1902, Guissé Sidi, fils de Dyouka Sambala et longtemps chef de la ville de Kayes, fut appelé au commandement.

À la mort de Guissé Sidi en 1905, le Khasso fut divisé en deux provinces : celle de Kounyakari, avec pour chef Sadyo Sambala, ancien chef de Médine, et celle du Khasso propre (Médine et Kayes) avec le Logo et le Niatiaga, placée sous le commandement de Kita Demba, frère de Sadyo Sambala.

Nota : comment Monteil a fixé les dates du tableau généalogique

L'abbé cite Séga Doua d'après les renseignements rapportés par les commis envoyés par Chambonneau au Félou en 1687. En donnant aux personnages qui auraient commandé avant Séga Doua une moyenne de dix à quinze ans de commandement, Monteil aboutit à l'an 1600 environ comme date probable de l'arrivée de Dyadyé dans le Tomora — soit exactement l'époque fixée par Rémy, et quatre ou cinq siècles après celle (XIe-XIIe siècle) choisie par Delafosse.

Demba Séga vivait en 1796, puisqu'il fut alors visité par Mungo Park ; l'année de sa mort, incertaine, est fixée à 1803 : d'après les Chroniques du Fouta, Awa Demba était auprès de l'imam Abdoul-Kader lorsque celui-ci fut mis à mort, mort datée de 1805, et en tenant compte des règnes de Moussa Khoy (quelques mois) et de Diba Sambala (un an) on remonte à 1803. L'année 1840, adoptée par Delafosse pour la mort d'Awa Demba, paraît acceptable, Raffenel ayant visité son fils et successeur fugitif à Kidira-Tata (Bondou) le 17 septembre 1843.

Quant à Kinti Sambala, Rémy indique que sa mort survint avant la construction du fort de Médine (1855) ; Delafosse le fait participer au siège de 1857, ce que Monteil juge inadmissible, puisque d'après Sadyo Sambala son père Dyouka Sambala était au nombre des défenseurs de Médine comme chef de la ville, son frère aîné Kinti Sambala étant mort au Bondou avant la construction du fort : d'où la date de 1854 retenue. « Les autres dates ne sont pas douteuses. »

Ce sont ces repères — 1687 pour Séga Doua, 1805-1840 pour Hawa Demba, 1840-1854 pour Kinti Samballa, 1854-1880 pour Djoukha Samballa, 1880-1890 pour Makhassé Samballa, 1890-1902 pour Ndamba Yamadou, 1902-1905 puis 1905 — que l'on retrouve portés sur les cartouches du Tableau généalogique Dembaya conservé par la famille.

Personnes de l'arbre citées

Sources et références

  • Charles Monteil, Les Khassonké : monographie d'une peuplade du Soudan français, Paris, E. Leroux, 1915.
  • Commandant Rémy, La Sénégambie (notice historique sur le Khasso).
  • Maurice Delafosse, Haut-Sénégal-Niger, et Chroniques du Fouta, Paris, Leroux, 1913.
  • Récits recueillis auprès de Sadyo Sambala, Bakari fils de Makhassé Sambala, Aboula Mamadou, Gran, Sambala et du griot M'Boué Kouaté.
  • Document transmis par la famille Dembaya : « Charles Monteil – Origine et histoire du Khasso ».